Karst Berlin — Construire l’espace par la matière
- 27 mars
- 3 min de lecture
Une sensation avant une forme
Chez Karst, l’espace ne se comprend pas immédiatement.
Il se perçoit d’abord comme une sensation, dans une approche de l’architecture intérieure à Berlin où matière et perception se répondent.
Une impression de chaleur, de précision, de clarté. Une atmosphère construite par l’équilibre des lignes, la douceur des courbes et la présence maîtrisée des matériaux, souvent déployés en surfaces continues.
Avant même de lire un plan ou d’identifier une fonction, le lieu se donne à ressentir.
L’espace apparaît comme une continuité de détails, où chaque élément participe à une impression globale, presque silencieuse.
Une pratique entre design intérieur et artisanat à Berlin
Fondé à Berlin en 2018 par le maître menuisier Julien Budnik et la designer Ricarda Sophie Lorenz, développe une approche singulière de l’architecture intérieure à Berlin, à la croisée du design et de l’artisanat.
Leur collaboration repose sur une complémentarité directe : d’un côté, une maîtrise technique issue de la menuiserie traditionnelle ; de l’autre, une attention portée à la composition, aux proportions et à la perception de l’espace.
Chaque projet est développé en interne, de la première esquisse à l’installation finale. Une continuité qui réduit la distance entre idée et matière, et permet d’ajuster chaque décision au réel.
Commencer par l’espace
Chez Karst, le projet ne commence pas par un objet.
Il commence par un lieu : son histoire, son orientation, ses proportions, sa lumière.
À partir de cette lecture initiale, les éléments viennent s’inscrire progressivement.
Le mobilier, les surfaces, les détails ne sont pas ajoutés : ils sont intégrés, souvent dessinés pour prolonger les lignes existantes.
L’espace précède la forme.
Et c’est dans cette hiérarchie que se construit la cohérence de chaque intervention.
Le bois comme structure
Au cœur de leur travail, le bois constitue un langage central.
Chêne, cerisier, frêne : des essences choisies pour leur grain, leur stabilité et leur capacité à évoluer dans le temps.
Travaillé en larges surfaces ou en séquences répétées, le bois structure l’espace autant qu’il l’habille.
Le placage, en particulier, occupe une place essentielle.
Assemblé en continuités précises, ajusté au millimètre, il devient un outil de composition à part entière.
Le matériau ne vient pas habiller l’espace, il en définit les lignes, les rythmes, les transitions.
Le détail comme fondation
Dans les projets de Karst, les détails ne relèvent pas de la finition.
Ils en constituent la structure.
Assemblages invisibles, arêtes adoucies, variations de prises, continuités de surfaces : autant de gestes précis qui influencent directement la perception du lieu.
Chaque étape (couper, assembler, poncer, huiler) s’inscrit dans un processus rigoureux, où la répétition construit la justesse.
Ce qui pourrait sembler secondaire devient ici déterminant.
Une tension entre rigueur et douceur
Les espaces développés par Karst reposent sur un équilibre subtil.
Des lignes claires, jamais rigides.
Des compositions précises, toujours ouvertes.
Courbes, inflexions, légères ruptures viennent perturber une lecture trop évidente, introduisant une forme de souplesse dans la structure.
Cette tension permet aux espaces de rester vivants, capables d’accueillir des usages et des objets sans se figer.
La matière comme expérience
Au-delà de la forme, c’est la matière qui construit l’atmosphère.
Bois, pierre, métal, textile : des surfaces mises en relation, où le contraste devient un outil de composition. Brut et poli, mat et réfléchissant, dense et léger : les textures se répondent et créent une profondeur perceptible.
La lumière, naturelle ou artificielle, est pensée comme un matériau à part entière.
Elle révèle les surfaces, accompagne les volumes et participe à l’équilibre général.
Construire par la matière
Entre menuiserie, design et architecture intérieure en bois, Karst développe une approche où l’espace ne se dessine pas uniquement.
Il se construit.
À travers le matériau, le détail et le geste, chaque projet devient une composition précise, ancrée dans le lieu et dans son usage.
Chez Karst, l’espace n’est pas dessiné.
Il est construit, couche après couche, jusqu’à devenir une évidence.
Des espaces pensés pour durer, non par leur permanence, mais par leur capacité à être habités.
Photos : Clemens Poloczek, Ignant





















