Neri&Hu — Une architecture en strates
- 8 mai
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Entre architecture, intérieur et mobilier, Neri&Hu compose des espaces où la mémoire n’est jamais figée. Fondé à Shanghai par Lyndon Neri et Rossana Hu, le studio travaille l’existant comme une matière vivante : une succession de murs, de seuils, de fragments et d’usages à rendre à nouveau habitables.
The Recontextualiztion of History | Design Republic Design Commune
L’architecture de Neri&Hu, entre mémoire et transformation
Il y a, dans l’architecture de Neri&Hu, une manière particulière de ne jamais regarder un bâtiment comme une image seule. Une façade, une structure, une pièce ou un objet n’existent jamais isolément. Ils appartiennent à une histoire plus large, faite de traces, de matières, de gestes et de présences.
Le studio ne cherche pas la pureté. Il préfère les tensions : ancien et nouveau, brut et raffiné, public et intime, urbain et domestique. Chaque projet semble composé par couches successives, comme si l’architecture portait encore la mémoire de ce qu’elle transforme.
Chez Neri&Hu, le passé n’est jamais utilisé comme décor. Il n’est pas non plus conservé comme une relique immobile. Il est déplacé, traversé, recontextualisé. Il devient une matière active, capable de produire de nouveaux usages, de nouvelles perceptions, de nouvelles formes d’intériorité.
Walled City | Sanya Wellness Retreat
La mémoire, sans nostalgie
L’un des projets les plus sensibles pour comprendre cette approche est Fuzhou Tea House, aussi appelé The Relic Shelter. À Fuzhou, Neri&Hu imagine une maison de thé autour d’une structure en bois de style Hui, issue de la résidence d’un haut fonctionnaire de la dynastie Qing et déplacée depuis l’Anhui vers son nouveau site.
Le studio l’installe au cœur du projet, non comme un objet muséal, mais comme une présence architecturale autour de laquelle l’espace s’organise. La structure ancienne n’est pas mise à distance. Elle est approchée, contournée, observée depuis différents niveaux.
Des puits de lumière percent la toiture et font entrer la lumière naturelle au centre de l’enveloppe. Une mezzanine permet d’observer la charpente et les détails de menuiserie à hauteur d’œil. Le patrimoine ne se donne plus comme une image à contempler, mais comme une expérience à traverser.
Tout repose ici sur une forme de proximité. On habite la mémoire par le regard, par le mouvement, par la lenteur. Fuzhou Tea House devient un lieu de suspension, où l’architecture protège moins un objet qu’elle ne crée les conditions d’une attention.
The Relic Shelter | Fuzhou Tea House
Murs, cours et passages
Chez Neri&Hu, l’espace se découvre rarement d’un seul regard. Il faut avancer, tourner, franchir, attendre. L’architecture se révèle par séquences, comme si elle devait être éprouvée physiquement avant d’être comprise.
Cette logique apparaît avec force dans Junshan Cultural Center, à Beijing. Le projet transforme un bâtiment existant en un ensemble culturel et résidentiel articulé autour de parcours, de jardins, de cours et d’espaces intérieurs liés les uns aux autres.
Neri&Hu y imagine une architecture qui semble émerger de l’eau comme une masse de brique, creusée pour accueillir les programmes et faire dialoguer bâtiment et paysage. La matérialité donne au projet une présence ancrée, presque minérale, tandis que la façade s’allège par un voile de panneaux à finition bois.
À l’intérieur, plafonds sculptés, plâtre vénitien, détails en laiton, pierre, tissus et lumière délicate composent une atmosphère de luxe discret. Rien ne cherche l’effet spectaculaire. Tout repose sur un enchaînement précis de seuils : du dehors vers le dedans, de la lumière vers l’ombre, de la masse vers la douceur, de l’espace collectif vers des pièces plus intimes.
Le mur ne sert pas seulement à séparer. Il cadre, protège, retient, oriente. La cour n’est pas seulement un vide. Elle devient respiration. Le passage n’est pas seulement une circulation. Il ralentit le corps et prépare le regard.
The Interlocking Journey|Junshan Cultural Center
Quand l’intérieur prolonge l’architecture
L’une des particularités les plus fortes de Neri&Hu est leur manière de ne jamais traiter l’intérieur comme une couche secondaire. L’intérieur n’arrive pas après l’architecture. Il en fait partie.
Cette continuité est visible dans Design Republic Design Commune, à Shanghai. Le projet prend place dans un ancien bâtiment de police de l’époque britannique, construit au début du XXe siècle, et le transforme en lieu de culture du design : flagship store, galerie, café, restaurant, espace événementiel et appartement.
La rénovation fonctionne par gestes précis : retirer ce qui est abîmé, restaurer les briques encore vivantes, greffer de nouvelles parties, permettre au bâtiment d’accueillir de nouveaux usages. Neri&Hu n’efface pas l’ancien édifice pour l’adapter à un programme contemporain. Le studio travaille plutôt par incision, par couture, par recontextualisation.
Le projet permet aussi de comprendre que Neri&Hu ne pense pas le mobilier comme un domaine séparé de l’architecture. Le design n’est pas seulement une question d’objets. Il devient une manière d’habiter, de circuler, de regarder, de réunir.
Cette même logique traverse leur travail de mobilier. Une chaise, une lampe ou une table ne sont jamais de simples objets fonctionnels. Ils condensent des questions de proportion, de structure, de matière et de rituel. Ils organisent une posture, un geste, une manière de se tenir dans l’espace.
Le bâtiment contient l’intérieur. L’intérieur contient l’objet. L’objet contient déjà une idée d’architecture.
The Recontextualiztion of History | Design Republic Design Commune
Construire avec ce qui reste
Neri&Hu appartient à ces pratiques qui rappellent que l’architecture ne commence jamais vraiment à zéro. Elle commence avec un site, une mémoire, une matière, un usage, un fragment. Elle commence avec ce qui reste.
Leur travail ne fige pas le passé derrière une surface de verre. Il ne l’efface pas non plus au nom du contemporain. Il le rend habitable.
Dans leurs projets, la mémoire devient un espace à traverser. Une structure ancienne autour de laquelle on circule. Une cour que la lumière transforme. Une façade qui réinterprète un motif familier. Un bâtiment oublié qui retrouve une fonction. Un meuble qui prolonge la pensée d’un lieu.
C’est peut-être cela, au fond, que construit Neri&Hu : une architecture de la continuité.
Une architecture en strates, où chaque lieu semble porter en lui la possibilité d’un passé encore vivant.
Crédits : Neri&Hu



















